Image d'entête
Photo Normand de Bellefeuille 2

L’édition littéraire au Québec  

Écrit par 11 octobre 2013

Mythes et réalités sur l’accessibilité au monde de l’édition

Par Normand de Bellefeuille, écrivain et Directeur littéraire des Éditions Druide

Je suis toujours étonné de constater l’effarante quantité de préjugés, rumeurs, idées reçues qui circulent à propos du monde de l’édition, et plus spécifiquement de l’édition littéraire, au Québec. J’y oeuvre depuis plus de quinze ans et il ne se passe pas une semaine sans que ne vienne à mes oreilles l’une ou l’autre de ces « légendes urbaines », toujours plus ou moins sordides, concernant la mécanique éditoriale québécoise.

 

Quelques-unes seulement de ces présomptions :

– Les éditeurs n’ont d’écoute que pour les auteurs patentés, sinon « vedettes» dont le succès commercial est assuré.

– Dans le cas contraire, les manuscrits ne sont même pas considérés, voire lus.

– Alors, automatiquement, l’auteur reçoit la « lettre circulaire » déplorant que la proposition ne corresponde pas à la « politique éditoriale » de la maison.

– L’auteur d’un premier manuscrit n’a de chance d’être considéré que s’il est introduit (« piston-né ») par un ami, auteur de préférence, influent.

– … Et j’en passe, de plus vertes et de moins mûres…

Pour être d’une franchise redoutable : il est vrai que certains éditeurs contribuent allègrement à entretenir certains de ces scénarios. Je peux pourtant vous assurer que la majorité d’entre eux font leur travail avec un sens éthique et une intégrité insoupçonnés, et trop peu souvent soulignés.

Mais il est vrai que les conditions de travail des artisans du livre sont difficiles, exigeantes et ont fréquemment comme conséquences des délais (parfois jugés anormaux), des réponses trop souvent moins élaborées qu’on le souhaiterait et un taux de refus incompréhensible à qui ne connaît pas le nombre effarant de manuscrits qui atterrissent chaque jour sur le bureau des décideurs.

Mais ce monde, trop facilement considéré comme occulte, n’est pas, malgré la subjectivité qui le régit, impénétrable… avec patience, habileté… et humilité. Avant d’être un « produit », votre manuscrit demeure le résultat de beaucoup d’efforts, d’émotions et d’espérances. Aussi faut-il tout mettre en oeuvre pour que celui-ci trouve la voie idéale vers l’éditeur qui pourrait y être sensible.

Petite « trousse » pratique à l’usage de l’écrivain en début de carrière :

– D’abord bien cibler les maisons d’édition susceptibles de montrer une ouverture éditoriale envers votre travail. Tous les éditeurs professionnels ont un site web ou vous trouverez probablement des détails pertinents sur les lignes éditoriales de l’entreprise, sur leur éventuelle capacité d’accueil de nouveaux auteurs, sur la meilleure manière de présenter votre manuscrit (version numérique ou papier), ainsi que sur les délais impartis au processus décisionnel, etc.

– Ensuite ne pas limiter votre envoi à un seul éditeur. Rien de plus frustrant que d’attendre quatre mois une décision qui, si elle s’avère négative, implique le recommencement de toute la démarche. Simplement préciser dans votre lettre de présentation que vous proposez votre texte à plus d’un éditeur.

– Accompagner votre envoi, d’une brève lettre de présentation, éventuellement d’un court synopsis de votre travail et d’un cv abrégé.

– Bien soigner la présentation matérielle de votre texte.

– Respecter les délais indiqués par l’éditeur, souvent lors de l’accusé de réception. Éviter tout harcèlement; mais il est pourtant légitime, une fois les délais dépassés, d’aller poliment au renseignement.

– Ne pas craindre outre mesure de se faire dire « non ». N’y voir ni humiliation, ni mépris, ni rejet. Ne pas oublier que André Gide a refusé Marcel Proust ou que le grand auteur américain Paul Auster a essuyé dix-sept refus avant d’être « accueilli » ! Pas question cependant de vous prendre, dès le premier refus, pour Gide ou Auster !

– Souvent le refus, s’il est reçu sans amertume, mais avec un esprit constructif, fait partie du processus, de la démarche de l’écrivain.

Bref, personnellement, je crois qu’il vous faut, sans pour autant négliger les exigences fondamentales de l’écriture littéraire, privilégier avant tout le plaisir qui peut, et doit, être inhérent à l’acte d’écrire.

Car « tout le reste », comme disait l’autre (Verlaine, si ma mémoire ne me trahit pas), n’est « que littérature »…