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Argumentaire d’autodéfense pour la culture : notre secteur a aussi un impact économique 

Nouvelles 22 avril 2026

Le 21 avril dernier, Christian Robitaille, directeur général de CCNCA, a participé à un Déjeuner-causerie de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec, intitulé « Culture et développement économique : des ponts à bâtir ». Devant plus de 150 convives attentifs, l’échange a permis de démontrer aux gens d’affaires de la région que la culture est un véritable moteur économique, encore trop souvent sous-estimé. Car, loin des perceptions réductrices, le secteur culturel s’impose comme un pilier structurant de l’économie régionale, représentant à lui seul 4 % du PIB et générant des retombées de 2 milliards de dollars.

L’étude d’impact économique commandée par CCNCA à l’Observatoire de la culture et des communications suit son cours et sera présentée à l’automne prochain. En attendant de vous présenter cette étude, voici des arguments clés – et leurs chiffres à l’appui – que nous vous invitons à faire circuler et à intégrer à vos discours afin de vous soutenir pour positionner la culture comme un secteur économique d’importance. Il s’agit d’une approche chiffrée afin d’ouvrir le dialogue et de favoriser vos liens avec le milieu des affaires. 

1. La culture est un secteur économique à part entière

  • Les métiers culturels (danseur·euses, scénographes, artistes visuel·les, acrobates, musicien·nes, technicien·nes de scène, ingénieur·es de son, acteur·rices, etc.) sont des emplois reconnus et spécialisés.
  • Les emplois culturels sont classés avec des codes sectoriels officiels (SCIAN 51 et 71), au même titre que n’importe quel autre secteur économique.

2. Des chiffres d’emploi et de PIB solides

  • Plus de 12 000 emplois directs et 25 000 emplois soutenus dans la Capitale-Nationale.
  • 4 % de la population active et 4 % du PIB régional.
  • 2,9 milliards $ en dépenses totales dans les deux régions; 2 milliards $ en retombées économiques; 1,1 milliard $ en valeur ajoutée; plus de 400 millions $ en revenus fiscaux.

3. Un retour sur investissement supérieur à d’autres secteurs

  • Chaque dollar public investi génère plus de 4 $ dans le PIB.
  • Chaque million de dollars de production culturelle soutient 13 emplois — davantage que l’agriculture, le manufacturier ou le secteur des hydrocarbures.
  • Chaque dollar investi rapporte 1,35 $ en revenus fiscaux.

4. Un effet de ruissellement sur l’ensemble du milieu des affaires

  • En plus des emplois directs pour les artistes, concepteur·rices et travailleur·euses culturel·les, la chaîne création/production/diffusion génère des contrats pour de nombreux·ses travailleur·euses spécialisé·es : comptables, peintres, avocat·es, consultant·es numériques, chauffeur·euses, menuisier·ères et autres fournisseurs locaux.
  • Un diffuseur pluridisciplinaire dépense en moyenne 1,2 M$ par an, dont 36 % auprès de fournisseurs locaux.
  • Un·e spectateur·rice dépense en moyenne 59 $ par sortie en plus du prix de son billet (restaurant, stationnement, gardiennage, hôtel, etc.).
  • Les subventions culturelles sont l’équivalent des contrats publics dans les autres secteurs. Le financement public de la culture est souvent stigmatisé, alors qu’il fonctionne exactement comme les contrats gouvernementaux dans d’autres industries — sans que personne n’y trouve à redire : quand par exemple CGI obtient une grande partie de ses revenus de contrats gouvernementaux : personne ne remet en question sa compétence pour autant; quand Pomerleau construit le Centre Vidéotron grâce à des fonds publics : personne ne la considère comme moins performante que lorsqu’elle bâtit pour le privé; quand Beneva gère un régime d’assurances des employés de l’État, financé par des fonds publics : son statut de leader en assurances n’est pas remis en cause. Les organismes culturels remplissent eux aussi un mandat public explicite — garantir une offre artistique diversifiée et accessible à l’ensemble de la population. Leurs subventions sont la contrepartie de ce mandat, non un aveu d’échec commercial. Traiter les entreprises culturelles comme moins légitimes parce qu’elles reçoivent du financement public, tout en valorisant les entreprises qui vivent de contrats publics, relève d’un double standard économique qui n’a plus lieu d’être. 

5. Les infrastructures culturelles profitent directement aux entreprises de construction

  • Un projet culturel à 20, 30 ou 60 M$ va directement dans les poches d’architectes, de firmes d’ingénierie et d’entrepreneur·euses spécialisé·es (béton, mécanique de bâtiment, ascenseurs, vitrerie, etc.) — pas dans celles des artistes.
  • Les organismes culturels qui sont les instigateur·rices et porteur·euses des projets d’infrastructures doivent eux-mêmes lever 10 à 20 % du financement via des campagnes de dons.
  • En plus de devenir des repères architecturaux et de gagner des prix d’architecture, ces bâtiments sont gérés avec peu ou pas de dépassements de coûts et génèrent ensuite des contrats d’entretien récurrents (vitres, façades, ascenseurs, climatisation, équipements techniques, etc.).

6. La transformation numérique, le développement durable et les autres adaptations comme leviers économiques

  • Le milieu culturel a massivement investi dans des projets de transformation, notamment dans le numérique (sites web, découvrabilité, IA), faisant appel à des consultant·es à des tarifs de 5 à 7 fois le salaire moyen des travailleur·euses œuvrant au sein des organismes culturels eux-mêmes.
  • Les organismes vont chercher du financement pour réaliser ces projets, et celui-ci est donc réinvesti en bonne partie directement dans la communauté d’affaires.

7. Un secteur exportateur qui génère des devises étrangères

  • Plus de 1 000 représentations en cirque, dont plus de 80 % à l’étranger.
  • Ex Machina, Cooke-Sasseville, Danse K par K, Manif d’art, le théâtre jeunesse, Les éditions Alto, le cinéma d’animation et tant d’autres encore — autant d’entreprises qui rapportent euros, yens et dollars américains dans l’économie régionale.

8. Un rôle social structurant

  • La culture est un outil d’intégration des personnes immigrantes, de cohésion sociale, d’amélioration du tissu urbain et d’expression de l’identité collective.
  • Elle développe la créativité, la pensée critique et l’intelligence émotionnelle — des compétences du 21e siècle directement utiles au monde du travail.
  • La pandémie a démontré son rôle essentiel, même invisible, dans le maintien des liens sociaux.

9. Un avantage compétitif pour attirer talents, investissements et touristes

  • La culture francophone nord-américaine de Québec est unique — un différenciateur fort dans la compétition entre régions et villes pour attirer les talents et les investissements.
  • Le 400e anniversaire de Québec en est l’exemple le plus éloquent : en pleine crise financière mondiale, la région tournait à plein régime grâce aux retombées des projets culturels.

10. Un potentiel philanthropique largement sous-exploité

  • 70 % des Québécois·es n’ont jamais été sollicité·es pour faire un don en arts et culture.
  • La culture ne représente que 4 % des dons au Québec (6 % au Canada) — un immense potentiel de croissance pour la philanthropie privée et corporative.
  • Plusieurs incitatifs existent, notamment avec Mécénat Placement culture ou les crédits d’impôts très avantageux pour le Premier don majeur en culture. 

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